Éditorial. Musique savante / Musiques actuelles : Articulations.

(Actes des Journées d’Analyse Musicale – JAM 2014)
Ircam et Centre Georges Pompidou, 15-16 décembre 2014

Ce numéro spécial de Musimédiane reprend quelques communications présentées lors des Journées d’Analyse Musicale 2014 consacrées aux articulations entre musique savante et musiques actuelles. Ce colloque, coordonné et hébergé par l’Ircam, avait été organisé sous l’égide de la SFAM (Société Française d’Analyse Musicale), en collaboration et avec le soutien de l’IReMus (UMR 8223, Paris-Sorbonne) et de la BPI du Centre Georges Pompidou (soirée « Math’n Pop ») et avec la participation de la branche francophone d’Europe de l’IASPM (International Association for the Study of Popular Music). Outre les interventions qui avaient rythmé les deux journées de ce colloque international, et qui sont pour la plupart intégrées dans le présent numéro, les JAM 2014 avaient également accueilli une table ronde conclusive animée par Nicolas Donin (avec la participation des compositeurs Andrea Cera et Sebastian Gaxie) ainsi qu’une soirée Math’n grand-public qui avait été organisée par la BPI du Centre Pompidou et animée par le mathématicien Jean Dhombres, avec la participation de Franco Fabbri (musicologue et guitariste), Polo (chanteur), Mattia Bergomi (mathématicien et guitariste) et Moreno Andreatta (mathématicien et musicien). Les vidéos de l’intégralité des conférences, y compris la table ronde conclusive et la soirée Math’n Pop, sont disponibles en ligne et pourront constituer un précieux complément aux articles édités dans ce numéro. Au nom du comité de pilotage des JAM 2014, j’aimerais remercier les auteurs pour avoir su patienter tout au long des années qui sont passées depuis la tenue des Journées d’Analyse Musicale et qui ont accepté de revoir leurs contributions tout récemment pour en actualiser quelques aspects qui n’étaient plus d’actualité compte-tenu du retard qu’avait pris entretemps ce projet de publication. Nous avons néanmoins tenu à garder l’intégralité des propositions soumises sous forme d’articles à la suite de ce colloque – même si certains auteurs avaient parfois soulevé des doutes sur l’intérêt d’une telle opération éditoriale – car toutes les contributions rassemblées dans ce numéro spécial offrent un panorama très riche des différents axes autour desquels nous avions proposé d’organiser les deux journées. Ces axes sont repris ici et constituent les différentes thématiques qui structurent le sommaire du numéro. Le lecteur intéressé par les autres communications qui ont eu lieu pendant les JAM 2014 et qui n’ont pas été reprises dans ce numéro pourra consulter les vidéos réalisées et montées par Eric de Gélis que nous tenons à remercier ici pour nous avoir ainsi permis de garder une trace de ces deux riches journées. Les liens pour visionner ces interventions sont donnés dans le sommaire. Le lecteur trouvera aussi dans ce même numéro l’article hors-thématique de Giuliano d’Angiolini intitulé « L’apparence sonore de la mort (les Requiem Canticles de Stravinsky) ».

Un remerciement particulier va à Nicolas Marty, musicologue et compositeur, qui a assuré avec ténacité et compétence la mise en ligne de tous les articles de ce numéro ainsi que le long travail de mise en page que demande une revue multimédia telle que Musimédiane. Il va sans dire que ce numéro aurait attendu encore longtemps sans son engagement bienveillant et décisif.   

Bonne lecture, bon visionnage et bonne écoute !

Moreno Andreatta

(au nom du comité de pilotage et d’organisation des JAM 2014, constitué également par les personnes suivantes : Jean-Michel Bardez, Sylvie Benoit, Bruno Bossis, Philippe Cathé, Jean Dhombres, Marie-Noëlle Masson, Caroline Raynaud)

Jacopo Conti
Heiner Goebbels: at the crossing between popular and euro-classical music

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At first glance, Heiner Goebbels’ career can be divided in two parts: the first one is the one he calls ‘his Past in pop music’, with the Sogenanntes Linksradikales Blasorchester, the Goebbels/Harth duo, Cassiber, Duck & Cover and ‘Cassix’ (Cassiber + Stormy Six), and the second part is his solo career, as one of today’s most played living composers in the world, with commissions from some of the most important orchestras and ensembles.

But after a deeper analysis, all of Goebbels’ production seems connected by a fil rouge. It is not unusual that past experiences influence later works in everybody’s life, but in Goebbels’ case, connections are too many to distinguish between his production in popular music and his works as a ‘serious Composer’. Although his later works are usually received as ‘art’ music, his productive methods come from his collaborative experiences with bands.

In his solo career, his role of ‘Composer’ as a central figure is questioned not only by the fact that he usually writes music collaborating with musicians (e.g. in Eislermaterial, Schwarz auf Weiβ), as he did with his previous bands, but also by his use of pre-existing music in his so-called staged concerts (e.g. Eislermaterial, Hashigaraki, Eraritjatitjaka) and his Hörstücke. Goebbels is composer, director, arranger, editor, re-mixer and collaborator (sometimes also improvisator) at the same time: from his point of view, these roles melt – as in Frank Zappa’s case, but with other implications and in another productive system.

Aim of this paper is discussing Goebbels’ creative method both in its collaborative and in its ‘empirical’ (a Chris Cutler’s definition) aspects. Goebbels’ productive methods are those of popular music, but today he moves in the context of contemporary ‘art’ music. His approach to music derives from the opportunity of manipulating (mixing and editing) recorded sound, whether it is written or improvised; in fact, many of his compositions do not have scores, although they are fully ‘written’, and sometimes scores (when available) do not represent what a piece might sound like. His musical sensibility comes directly from methods developed mainly in popular music (he stated several times that playing in rock bands as a teenager and with the Sogenanntes Linksradikales Blasorchester helped him discover the importance of creative collaboration).

If he represents a possible coexistence of popular and euro-classical music – and a case of influence from popular music to euro-classical music, and not vice versa –, it raises many questions about the productive and ideological differences between the two fields and methodologies of research in popular music studies and classical musicology.



Jacopo Conti, « Heiner Goebbels: at the crossing between popular and euro-classical music », Musimédiane, n° 11, 2020 (https://www.musimediane.com/11conti/ – consulté le 22/09/2020).

Nathalie Hérold et Pierre Michel
Enregistrer les Dix pièces pour quintette à vent de György Ligeti sous la direction artistique du compositeur
Rencontre et entretien avec Helmut Koch

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Le premier enregistrement des Dix pièces pour quintette vent de György Ligeti sous la direction artistique du compositeur a été réalisé à Baden-Baden en décembre 1970 par le quintette à vent de l’orchestre du Südwestfunk et publié en 1971 par le label WERGO. Au début de l’année 2014, nous avons eu la chance d’entrer en contact, de rencontrer et de nous entretenir avec le hautboïste Helmut Koch, ancien membre de ce quintette à vent, qui avait collaboré avec Ligeti en 1969-1970 en vue de l’enregistrement de l’œuvre. Au travers du genre de l’entretien, notre intention était de faire émerger, par le discours, des éléments de connaissance de la part de l’interprète au sujet de cette expérience musicale.

Le présent article reprend successivement les principaux thèmes de discussion abordés durant l’entretien avec Koch, à savoir le travail d’enregistrement en collaboration avec Ligeti, le langage musical de Ligeti et quelques considérations générales permettant de replacer l’entretien dans un contexte plus large. Ce discours de première main émanant d’un témoin et acteur direct du travail de réalisation de l’enregistrement des Dix pièces sous la direction artistique de Ligeti confirme la richesse et la complexité du processus de production d’un tel objet musical enregistré, qui mérite d’être considéré à la fois comme source musicale et comme véritable objet de création.


Nathalie Hérold et Pierre Michel, « Enregistrer les Dix pièces pour quintette à vent de György Ligeti sous la direction artistique du compositeur – Rencontre et entretien avec Helmut Koch », Musimédiane, n° 9, 2019 (https://www.musimediane.com/9heroldmichel/ – consulté le 22/09/2020).

Ingrid Pustijanac et Pierre Michel
Les matériaux autographes pour l’étude des Zehn Stücke

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Cette partie du dossier résulte d’un travail d’étude des documents d’esquisse des Dix pièces pour quintette à vent de György Ligeti tel que nous avons pu l’effectuer sur la base des documents disponibles à la Fondation Paul Sacher de Bâle (merci à Heidy Zimmermann, responsable du Fonds Ligeti !).

Une première partie, rédigée par Ingrid Pustijanac, concerne les pièces 5 et 6 ; la suite consiste en une série de remarques enregistrées par Pierre Michel sur la base des pages d’esquisses.

Ensuite, un document rédigé en hongrois (nous l’avons intitulé « Une page hongroise ») a été analysé par plusieurs personnes de langue hongroise, puis traduit et commenté par Ingrid Pustijanac et Pierre Michel.

Enfin, une autre page rédigée par Ligeti (« Diskussion ») a été traduite dans ses grandes lignes par Pierre Michel.

Tous ces documents permettront au lecteur de mieux pénétrer les divers stades de l’élaboration de cette musique, à la fois du point de vue technique, associatif et poétique.


Ingrid Pustijanac et Pierre Michel, « Les matériaux autographes pour l’étude des Zehn Stücke« , Musimédiane, n° 9, 2019 (https://www.musimediane.com/9pustijanacmichel/ – consulté le 22/09/2020).

Antonia Soulez
Une écoute « savante » de compositeur pour une écoute « non-savante » de la musique : Steve Reich

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Je suis plutôt favorable à l’idée de ne pas  distinguer, dans le cas de Reich, la musique populaire (actuelle) de la savante. D’où « l’écoute savante pas-savante » qui est mon titre. Je précise dans cet article  que j’entends dire « d’une oreille à l’autre », chacune se faisant pour l’autre écoutante écoutée.  J’explique cet aller-venue entre deux oreilles appareillées chez le même écoutant. Certes  il y faut un dispositif technique. Processus composé, la musique, se confond avec ce phénomène perceptif sur lequel Steve Reich demande qu’une écoute seconde se focalise en l’intériorisant. Si Reich rejette  le titre de minimalisme  qu’on lui attribue  parfois pour situer sa « sounding music », ce qu’il traque est bien le détail temporel d’une mesure d’écoute développée dans l’audition  moyennant une écoute appareillée.



Antonia Soulez, « Une écoute ‘savante’ de compositeur pour une écoute ‘non-savante’ de la musique : Steve Reich », Musimédiane, n° 11, 2019 (https://www.musimediane.com/11soulez/ – consulté le 22/09/2020).