Nicolas Meeùs
Représentations musicales

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Comme le signifiant linguistique, la musique « n’est pas le son matériel, chose purement physique, mais l’empreinte psychique de ce son, la représentation que nous en donne le témoignage de nos sens » [Saussure]. L’œuvre musicale n’est pas un simple stimulus acoustique, mais bien une représentation en contexte, qui la fait émerger comme œuvre. Dans le cas de l’analyse musicale, la représentation se fait souvent sous une forme visuelle. Trois cas seront examinés ici : la partition, les représentations analytiques et les représentations acoustiques. La partition est souvent considérée comme l’expression de la volonté du compositeur. Je montrerai que ce n’est pas toujours aussi simple. Les représentations analytiques fonctionnent à la manière des partitions : elles dénotent des unités sémiotiques plutôt que des sons. Les représentations acoustiques au contraire s’efforcent de montrer la musique comme elle sonne : ce n’est pas nécessairement le meilleur moyen pour l’analyse.


Nicolas Meeùs, « Représentations musicales », Musimédiane, n° 11, 2019 (https://www.musimediane.com/11meeus/ – consulté le 13/12/2019).

Soulez, Antonia

Née à Paris, Antonia Soulez a fait ses études à La Sorbonne. Agrégée docteure d’état, elle est Professeure émérite de philosophie du langage à l’université de Paris 8, elle a co-dirigé le Collège international de philosophie de 2001 à 2004, et, suite à une délégation au CNRS, coordonné un ouvrage collectif sur Helmholtz (Vrin, 2011). Elle a travaillé en philosophie ancienne (elle est helléniste) puis sur la philosophie contemporaine. Elle a publié des travaux dans les deux champs, sur la Grammaire philosophique de Platon, puis sur le Cercle de Vienne qu’elle a contribué à introduire en France et Wittgenstein (Nombreux colloques internationaux après la réédition du Manifeste du Cercle de Vienne, 2010 et des travaux sur les Dictées de Wittgenstein à Fr. Waismann et pour M. Schlick, 2e éd. Vrin 2015). Depuis, elle poursuit des travaux par une investigation sur philosophie, langage et musique, Son dernier ouvrage Au fil du motif, autour de Wittgenstein et la musique (2012), a inauguré une collection « philosophie et musique » qu’elle co-dirige chez Delatour-France. Son dernier livre Détrôner l’Être, en réponse à A. Badiou, sur « Wittgenstein est-il un antiphilosophe ? » est paru aux éditions Lambert-Lucas (Limoges 2016). Tout en participant activement à des manifestations sur la musique et les sons, elle écrit et publie de la poésie centrée sur le son et l’intonation (prochain recueil à paraître) qu’elle lit parfois avec des accompagnements d’improvisateurs, musiciens professionnels. À la rentrée 2019, un livre sur Les philosophes et les sons sortira chez Delatour-France avec des contributions sur Scriabine, G. Crumb, St. Reich, G. Ligeti, l’école de Princeton, Beckett et la musique, et un article « intonations ». Elle a publié dans la revue Po§sie dirigée par Michel Deguy plusieurs poèmes mais aussi un article sur Pascale Criton (n° 119). Parallèlement engagée dans des collaborations axées sur des questions qui touchent aux représentations graphiques des formes sonores d’un point de vue pluridisciplinaire (le diagramme), elle est également active dans des manifestations avec des musiciens (Pascal Marzan, Roula Safar…). Elle fréquente une Résidence d’artistes dirigée par Jean-Marc Chouvel. C’est avec lui et avec des musiciens autour de lui qu’elle performe l’intonation poétique. Ses projets orientent ses rencontres avec eux. L’action en retour est une avancée dans l’écriture de l’expressivité sonore de la langue avec l’objectif de travailler à explorer ses ressources comme une forme de lutte contre ce qu’elle appelle « l’aliénation sémantique », question qu’elle a d’abord travaillée en philosophie à partir du corpus viennois qu’elle s’est constitué au long des années incluant Karl Kraus, Cannetti, croisés de la démarche frankfurtiennee. Elle tire de la philosophie des « aspects » du dernier Wittgenstein (entendre-comme) les éléments d’une « philosophie pour les qualia ». Elle se sent proche de la réflexion de Jean-Marc Chouvel. Elle a travaillé également avec Moreno Andreatta (IRCAM, GREAM Strasbourg) ainsi qu’avec Horacio Vaggione, compositeur chercheur, avec qui elle a coordonné un séminaire de recherche sur la philosophie et la musique à la MSH Paris Nord, entre 2006 et 2013 et avec qui elle a publié des travaux collectifs (de même avec Makis Solomos, notamment Formel Informel, l’Harmattan, 2003). Elle organise des séminaires de philosophie de la musique actuellement au Collège international de philosophie (séminaire extérieur). Elle figure dans le Dictionnaire universel des femmes créatrices (Éditions des femmes, 2013), et a reçu le prix du Pen Club de la meilleure poésie au congrès mondial des poètes à Prague, en 2016. Elle bénéficié c’une bourse senior pour travailler un mois dans la Fondation d’études avancées de Bogliasco, en Italie. Elle a publié dans la revue Poe§sie (dir. M. Deguy), les éditions d’Ecarts (Mireille Batut d’Haussy), et trois recueils de poèmes chez Delatour-France (coll. Quatuor).

Meeùs, Nicolas

Professeur émérite à Sorbonne Université, chercheur permanent à l’IReMus (http://www.iremus.cnrs.fr/). Il a été Conservateur au Musée Instrumental de Bruxelles, Professeur aux Conservatoires royaux de Liège puis de Bruxelles, à la Chapelle musicale Reine Elisabeth de Belgique et à l’Université catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve. En Sorbonne, il a enseigné notamment l’analyse schenkérienne, la théorie modale médiévale, l’analyse de la musique ancienne, l’histoire de la théorie et l’organologie. Il a dirigé une trentaine de thèses, d’abord à l’Université de Louvain puis en Sorbonne. Il a publié de très nombreux ouvrages et articles (voir la liste sur son site personnel, http://nicolas.meeus.free.fr/).

Éditorial. Les Dix pièces pour quintette à vent de Ligeti : Processus créateurs, performance, analyse

Les Dix pièces pour quintette à vent ont été écrites pour le quintette à vent de la Philharmonie de Stockholm. Ligeti commence la composition quelques jours après avoir terminé le Deuxième Quatuor à cordes en juillet 1968 et la termine peu avant Noël. Les Dix pièces furent créées par le Quintette à vent de la Philharmonie de Stockholm le 20 janvier 1969 à Malmö. Cette œuvre marque un tournant esthétique majeur dans la production du compositeur tant pour le renouvellement des gestes d’écriture que pour leur organisation dans une forme « kaléidoscopique ». Pour les interprètes, elle représente un vrai défi à la fois du point de vue de sa haute virtuosité et de son potentiel expressif.

Les articles et documents de ce numéro de Musimédiane sont le fruit d’un travail de recherche de plusieurs années qui s’inscrit dans un projet porté par le Labex GREAM (Groupe de Recherches Expérimentales sur l’Acte Musical) dirigé (jusqu’en 2016) par Pierre Michel à l’Université de Strasbourg. Ce dossier a généralement bénéficié d’une étroite collaboration avec les musiciens du quintette à vent de l’Ensemble Intercontemporain – Sophie Cherrier (flûte), Didier Pateau (hautbois), Jérôme Comte (clarinette), Jens McManama (cor), Paul Riveaux (basson). L’œuvre a été abordée sous différents angles, qu’il s’agisse des questions de génétique de la composition à travers la correspondance de Ligeti et l’étude des matériaux autographes (avec des documents inédits), de diverses approches méthodologiques de l’analyse  ou des problématiques d’interprétation concernant le répertoire pour quintette à vent, l’expressivité et la virtuosité. Enfin, ce numéro comporte un document exceptionnel : l’enregistrement des Dix pièces interprétées par les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain filmés à la Philharmonie de Paris en décembre 2016.